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Critiques
La lutte de Bahai
Zhao Chuan / janvier 2003

Pourquoi Yang Hui empile t-il et répète t-il inlassablement ces visages de vieux habitants du Zhejiang, comme s’il utilisait leurs faces marquées par les rides et les vicissitudes de la vie pour user sa force et son moral ? Bien que je le soupçonne d’exagérer son habileté, je doute que ce soit parce que la répétition lui permet de se rapprocher de la réalité. Pour en revenir à l’énorme quantité de peinture abstraite réalisée par Yang Hui, je l’explique comme un acte d’aiguisement du cœur. Sans cesse, il utilise son cœur et sa force, parce que le courant du pouvoir principal est trop puissant et que nous nous éloignons de plus en plus de l’équité et de la sagesse. Je sais que le terme n’a rien d’excessif. Yang Hui se confronte aujourd’hui au fatalisme de l’être en devenir. Yang Hui veut utiliser de 1000 à 10 000 traits de pinceaux pour exprimer une évolution, rapide comme l’éclair où seule notre identité se conserve.

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Le Bahai que je connais
Bo Xiao-Bo

Récemment dans les Cent plus grands portraitistes chinois d’aujourd’hui, j’ai vu une photo de l’artiste reconnu YAN Pei-Min, drapé d’un tissu en plastique avec un bâton à la main, imitant Don Quichotte. En France, Bahai n’a pas besoin de cet artifice : il se moque de son allure, comme il se moque de devenir une vieille carcasse et d’être trahi par son point faible. Dès qu’on le voit, on sait qu’on a affaire à un soldat idéaliste, un mousquetaire des anciens temps, quelqu’un d’origine incertaine, qui respecte la connaissance, les femmes et la vie, et qui aime le manifester avec un rien d’ostentation.

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Le Zhejiang
Tang Guang-Min / juillet 2005

« Vous venez de quel pays ? »
« Je suis chinois »
« D’où en Chine ? »
« Je viens du Zhejiang »
« Où dans le Zhejiang ? »
« Haiyan »
« c’est vraiment amusant, moi aussi, je suis de Haiyan, où exactement à Haiyan ? »
« de Jinshan »

D’où que tu viennes, tes racines te poursuivent sans cesse, on peut ne pas s’en soucier mais si quelqu’un d’autre même vieux te demande tes origines, plus tu es loin de ton pays, plus le lieu que tu mentionnes est grand. Si tu as toujours mené une vie vagabonde, tes origines sont dans l’expression de ton visage, dans ton accent et les mouvements de ton corps. Si tu changes de langue maternelle, apprends à imiter, alors ton lieu d’origine va se cacher dans ton expérience ou alors tu fais peau neuve et deviens un nouvel homme.
Le lieu d’origine du camarade Bahai est la province du Zhejiang, il est né à Shanghai ; adulte, il a parcouru le monde, en enrichissant son expérience et en assimilant le français. Jeune homme trop mur pour son âge, il a peint de la peinture abstraite pendant plus de 10 ans, il vit à l’étranger, mais reste obsédé par la situation en Chine.
Depuis qu’il a commencé à peindre ses encres en 1987 (janvier 1987, encre ; 1992, tombeau ; avril 1994, photo, juin 2001, encre rouge sur papier), il s’est dirigé en luttant vers deux voies, l’une que j’appellerai « livre », qui recouvre une vitalité rendue publique, notamment par une énergie contenue dans ses peintures. La seconde « écriture » fait référence à une émotion pure, une ardeur forte couplé à un tempérament mélancolique blessé et infirme qui peut inquiéter.

Le caractère de Bahai est matinal, accueillant le soleil. Dès qu’il est assis sur un banc d’une maison de thé, il boit le vin léger du matin, puis il se précipite directement vers sa parcelle individuelle_ son atelier. Son espace est vertical, comme les récoltes de l’année, cultivées sur pied. Il peint comme un athlète ferait son entraînement, comme fréquemment, un paysan récolte avec intensité les épis barbus.
La série des habitants du Zhejiang est le résultat du travail de ces trois à cinq dernières années. Il peut rester des journées entières dans les maisons de thé des villages du Zhejiang, en sirotant du matin au soir du vin du cru, en bavardant sans arrêt dans son dialecte local avec les vieux. Lorsque ceux-ci disparaissent, il est même convié à leur enterrement. Chaque année, il peint ; les personnes âgées quittent ce monde les unes après les autres, il donne à ses œuvres la même origine que ses ancêtres.

Au moment de la période des Printemps et Automne (770-476 av. J.C.), la province du Zhejiang s’appelait le pays de Yue, pendant les Royaumes Combattants (475-221), Chu, pendant la dynastie Han (206 av. J.C.-220 apr. J.C.), Yangzhou, pendant celle des Trois Royaumes (220-280), le pays de Wu, l’appellation du Zhejiang remonte à la dynastie des Tang (618-907). Au travers des jarres à alcool en grès céladon et les épées en jade de l’époque Yue, on peut deviner le caractère des habitants. La période des croisades vers le Sud, des Jin intérieurs (265-420) puis Song Intérieurs (420-479) marque-t-elle une ouverture ou une colonisation, je ne saurais dire, mais je sais que la minorité des She dans un district autonome de la province, chante encore dans le style des chants alternés. Quel pourcentage de sang des anciens du pays de Yue coule encore dans les habitants actuels du Zhejiang ? Seule une analyse d’ADN pourrait le révéler, mais dans les visages de ces habitants du Zhejiang peints par Bahai, dans ces traits souvent coupés, j’ai pu en percevoir. C’est pourquoi j’appellerai cette série de peinture : Yue.

On retrouve dans les portraits des habitants du Zhejiang peints par Bahai l’intensité antérieure, remplie du bruit des combats à l’épée. Les portraits prennent souvent l’allure d’une attaque. Son style relie une ferme et épaisse âcreté avec des blancs aériens ; les traits se diffusent aux quatre coins et se déversent sur la peinture comme ils se jettent sur le public. Contre toute attente, le bruit des tôles de métal se retrouve dans ses œuvres sur papier, pas plus agréable à entendre, mais comme un cri soutenu qui ne s’arrêterait pas. Ces formes spécieuses structurées en épis grâce à ces traits brisés tressés aboutissent à des têtes qui transmettent leur respect à la mémoire historique.

Bahai s’appuie toujours sur l’expression d’« ossature sèche » et de « corps plein ». Pourquoi ces têtes alors ? je pense que la discipline sévère exprimée dans la peinture abstraite l’a conduit à ces portraits, ou alors l’expression prend sa source dans l’initiative perçue à chercher son origine dans la puissance du trait qu’il a développé pendant des années. Lorsque Bahai exprime la notion d’os et de corps, il pense aux brisures de rides vus dans les maisons de thé, non pas celles des eaux sinueuses d’un bassin avec des oies. Ces traits qui font trembler les hommes ne sont pas entravés par les images, la transmission de cette liberté commence dans une expérience vécue. Ces traits à base de mouvements soi-disant violents sont tous au service d’une bien plus grande obsession ordonnée.

Avec cette série d’habitants du Zhejiang, il y a également des œuvres photographiques à l’attrait irrésistible. Dans ses photographies, des interlignes et des parties sombres sont accentués, dont les nuances colorent réellement l’aspect fatal de l’œuvre. De la sorte, il se rapproche de la cible qu’il veut atteindre, comme s’il voulait coller à ces rides.

Bahai monologue souvent dans son atelier, résultat de son long travail solitaire. Une de ses phrases qu’il répète en boucle est : Quel C.

On ne sait s’il est sévère envers lui-même ou envers ces traits. Seul le ciel le sait ou peut-être lui-même.

Ses portraits transmettent une tradition picturale ancestrale, avec une originalité rarement égalée dans la création contemporaine chinoise. Ses têtes formées de traits expriment un cri à tue-tête, triste et fantastique. Son style ferme, sec et âpre à la fois, raconte la vie de ceux qui sont rejetés par la société de consommation, et qui regardent avec passivité la progression inexorable de leurs enfants et de leurs petits-enfants qui ont trop d’ennuis pour se soucier des autres.

12 juillet 2005

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Sculter autant de formes effraie ce monde
Zhang Yuan-Shan / 8 juillet 2005

Poésie réalisée d’après un poème du philosophe Zhuang Zi

    La vie me fatigue
    La terre me supporte
    Avant de mourir
    Je me console du vieillissement.

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Rides sur les visages de mes ancêtres
Wang Mo-Lin

Ne suffirait-il pas de dire qu’en touchant la ligne de plis, le travail de Bahai serait un pèlerinage vers la terre ? Bahai alors séparé de son pays natal, au moment où il a commencé à vouloir photographier sa propre image sous forme d’auto-portrait, a choisi les habitants du Zhejiang comme un reflet dans un miroir. Bien sûr, ce qui apparaît sur le visage de ces personnes âgées, c’est le temps où se rejoignent la vie et la mort. Ses portraits ne reflètent pas seulement la réalisation de la fonction de vie mais aussi l’approfondissement des rides sur la peau de Bahai. Enfin, ils symbolisent un artiste qui peindrait une très longue carte représentant un pèlerinage en terre sainte, vers son pays natal.

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un visage, un fleuve
Zhao Chuan





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Je suis peintre…
Yvon Prevel / septembre 1995

Je suis peintre à Paris et je vais essayer de vous expliquer la peinture de Yang Hui, peintre et photographe à Shanghai. La photo a le problème de la lumière. Je trouve que ses œuvres photographiques et picturales sont sur les mêmes rails : fidélité dans les compositions, répétitions des mêmes motifs, équilibre dans la sensibilité de sa peinture qui devient sa propre ombre. La technique peut montrer le présage et la réalité des démolitions de Shanghai.

L’œil de Yang apparaît en courant, les objets surgissent et son fantôme aussi, une sorte de poussière ancienne, comme une vision non idyllique de sa solitude. Sa ville est son lieu d’abordage. Shanghai lui donne la possibilité de voir autre chose, Il est difficile d’analyser les siècles. Il en va comme du désenchantement d’un temps suspendu dans son parcours de la Chine à la Chine en passant par la Bretagne et Paris.

On sent un lieu dans l’infini du temps sous l’apparente simplicité de son travail qui développe la méditation sur la matière et les formes, l’obscur qui éclaire le négatif de la photo. Son œuvre fait ressortir son énergie des formes rejetées, Sa qualité photographique rappellerait un message des traditions chinoises, Le concept de la composition de son travail est révélateur de l’inconscient symbolisé par un témoignage, par un orgasme de la peinture, par les remous de Yang, les rejets de la matière, l’optique de l’espace. C’est une peinture de l’inconscient. La vitalité de l’abstraction ne lui suffisant plus, il se met alors à la photo, peut-être rupture d’un artiste en crise d’analyse.

Le plus célèbre Yang Hui, est petit mais grand peintre. L’étendue de sa créativité doit rester à demi cachée, Le maniement des formes, le volume de l’unité vivante concernent le pinceau et le corps de l’artiste. Son travail exprime en plus de la spiritualité, le point des noirs volants, l’envers, l’endroit, l’oblique du vénérable Yang Hui. Les oiseaux chantent et se taisent au lever du jour, Son esprit de la création est le parfum de la vie,

Fin septembre 1995 à Paris Yvon Prevel

Rédigé pour le 1er catalogue des œuvres de Yang Hui.

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